Etre créatif, c’est ajouter de la vie à la vie - Les Ateliers Créaction

Etre créatif, c’est ajouter de la vie à la vie

Catégorie: Nouvelles
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 »! Un article intéressant et ultra stimulant pour tous ! » Mathieu Robert

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Etre créatif, c’est ajouter de la vie à la vie

La créativité n’est pas réservée aux artistes. Elle concerne chacun d’entre nous dans nos actes les plus quotidiens. A condition de cultiver certains traits de caractère. De Pascale Senk


Qu’est-ce que la créativité ?

C’est la cerise sur le gâteau, la huitième couleur de l’arc-en-ciel, le supplément d’âme qui change tout. Observez autour de vous : certaines personnes savent rebondir de façon ludique sur les mille et un petits tracas de la vie. Elles étonnent toujours, colorent de leur patte personnelle les actes les plus quotidiens. Entre leurs mains, un simple pique-nique devient une fête inoubliable ; un dossier rébarbatif, un thriller passionnant. En un mot, elles sont créatives. C’est le cas de Paul, ébéniste à la campagne. Il manquait de commandes. Il décide alors de transformer sa maison en un gîte d’étape plein de charme. Aujourd’hui, ses meubles, exposés, trouvent de nombreux acheteurs.

Ce talent, n’importe qui peut l’exercer.  » C’est un muscle que nous possédons tous, résume Christian Romain, consultant en entreprise, coauteur de “Développez votre créativité”. Si nous ne jouons pas tous au tennis comme Pioline, nous pouvons néanmoins connaître ce plaisir d’échanger des balles.  » La créativité n’est nullement réservée aux artistes. Chacun peut faire de sa vie une œuvre d’art, à travers son métier, ses loisirs, ses relations, la décoration de sa maison, au cours d’une conversation…  » Un excellent potage prouve plus de créativité qu’une mauvaise peinture « , affirmait le psychologue Abraham Maslow (“Vers une psychologie de l’être”, Fayard, 1972). La créativité, c’est un état d’esprit, une attitude intérieure, une  » veine d’or « , selon Julia Cameron, spécialiste américaine de la créativité ( » La Veine d’or”, Dangles, 1997).

Elle requiert, non pas de l’intelligence, mais de la curiosité, de l’empathie, de l’estime de soi, de l’adaptabilité, l’ouverture à ses émotions… De nombreux thérapeutes nous enseignent comment la stimuler et attirent aussi notre attention sur ce qui peut la bloquer.

Jamais contents, les créatifs !

Installée depuis peu dans une petite ville de province, Julie étouffait : « Je n’en pouvais plus des rues, des voisins, de la mentalité ambiante. Jusqu’au jour où j’ai eu l’idée de les utiliser, de les trans-former. » Elle s’est mise à écrire des textes sur son quartier, façon « bloc-notes de voyage ». Des chroniques qui amusent tellement ses amis qu’elle pense les proposer bientôt au journal local. L’élan créateur naît en général d’une insatisfaction.  » Les plus créatifs sont souvent ceux qui ont le plus manqué – surtout dans leur enfance, évidemment – et qui ont comme une frustration dans leur vie : parce qu’ils n’ont pas encore trouvé l’endroit où ils voudraient aller, ne se sont pas encore accomplis ou sont toujours dans la recherche d’un au-delà d’eux-mêmes « , déclarait récemment dans une interview l’actrice Juliette Binoche (“Nouvelles Clés”, n° 24, hiver 2000).

Alors, jamais contents, les créatifs ?  » Ils ont cette capacité à discuter l’ordre apparemment naturel des choses, à ne pas se satisfaire du convenu, confirme Christian Romain. Et ainsi, ils font monter les bonnes questions.  » Chaque fois que nous prenons du recul par rapport à notre vie, que nous ruons dans les brancards de la routine, nous enclenchons déjà, sans le savoir, un processus créateur. Mais celui-ci peut, dès ce stade, être bloqué.

Les ennemis de la créativité
Le conformisme. Le respect scrupuleux des modèles ou décisions d’autrui nous conduit à nier nos besoins, frustrations, manques.

L’obéissance aux croyances parentales.  » Mais une femme ne peut pas s’intéresser aux moteurs d’avion  » ou  » Toi, tu n’es pas un manuel !  » : autant de messages facteurs d’inhibitions.

La négativité. C’est notamment le cas des adolescents : ils critiquent tout, mais manquent encore de confiance en eux pour faire des propositions fructueuses.

Apprendre à penser différemment

Monique souhaite faire un cadeau à la propriétaire de la maison en bord de mer qu’elle a louée cette année. Se précipiter dans les magasins ? Un réflexe trop classique ! Elle descend dans le jardin pour une promenade quasi méditative. En empathie avec la nature, attentive à la forme de chaque arbre, au chant de chaque oiseau, au parfum de chaque fleur, elle ramasse et rassemble quelques branches, des pierres, des bulbes. Un brin de savoir-faire et de patience… Le résultat est superbe, surtout unique : un bouquet façon ikebana, l’art floral japonais. La créativité, c’est faire feu de tout bois, c’est oser s’ouvrir à l’inconnu, au jamais vu, au jamais pensé.

Le secret : telle une éponge, profiter à 100 % de son environnement.  » Le créatif laisse son cerveau jouer avec la difficulté comme un chien avec une balle « , s’amuse Christian Romain.  » Dans l’entreprise, il propose de nouvelles façons de résoudre les problèmes « , commente Pierre Sahnoun, coach.  » Dans la vie affective, il explore une manière d’aimer différente de celle qu’il a apprise – ou rejetée ! – de ses parents « , ajoute en écho Salomon Nasielski, thérapeute de couple. Sa matière première : la curiosité.  » Quelqu’un qui se nourrit d’informations très diverses a forcément plus de chances de créer du neuf « , précise le consultant.

Et les informations intérieures – rêves, fantasmes, intuitions, etc. – sont aussi importantes que celles provenant de l’extérieur.  » Une réflexion entendue dans le métro, une scène de rue un peu insolite, un couplet de chanson qui me revient… Autant d’éléments qui me servent pour composer le récit improvisé par lequel je commence ma journée de classe « , raconte Solange, institutrice. L’absorption – c’est-à-dire laisser venir à soi toutes les sensations possibles –, et l’association – la réunion d’objets, de faits, a priori sans rapports – sont deux mécanismes clés de la créativité.

Les ennemis de la créativité
Le stress et la fatigue.Ils gênent ce temps de latence nécessaire, ce moment où l’on reste en « jachère » pour accueillir les informations.

Le perfectionnisme.Il nous laisse souvent croire que seule l’action forcenée portera des fruits. « Le perfectionnisme a horreur du vide « , remarque l’écrivain François Emmanuel (“La Question humaine”, Stock 2000). Pas de pire ennemi pour la créativité qui, si elle veut toujours mieux faire, s’autorise aussi les erreurs, les tâtonnements, les coups pour rien.

Un esprit trop scolaire. Privilégiez l’ouverture plutôt que la spécialisation. Et surtout,  » oubliez ce qu’on vous a appris à l’école, notamment qu’il n’y a qu’une bonne réponse !  » conseille Christian Romain.

Oser donner et s’exposer

Pierre, voulant célébrer l’anniversaire de sa rencontre avec Claire, a organisé une fête surprise. Il a retrouvé et invité tous les amis de fac qui étaient présents lorsqu’ils ont entamé leur premier slow fatidique, a recréé l’ambiance de l’époque, a même fait un collage à partir des photos prises ce soir-là… il y a dix ans ! Des mois de travail pour offrir ces souvenirs forts et leur lot d’émotions. Sans savoir quel effet cette mise en scène aurait sur Claire. La personnalité créative parvient toujours à une production, mais sait se détacher du résultat. Elle matérialise ses rêveries, les confronte à la réalité, travaille. Elle fait preuve d’audace, car il faut bien s’exposer, s’exprimer, prendre des risques. Pas question de s’effondrer à la moindre critique.  » Une réunion créative en milieu professionnel, c’est celle où chacun ose dire les conneries qui lui passent par la tête « , précise Pierre Sahnoun.

L’affirmation de soi est donc indispensable. Elle s’accompagne de la capacité à choisir, donc à renoncer. Les personnes créatives tranchent, taillent, rejettent le superflu, bref, acceptent les limites. Telle cette artiste qui, à certains moments précieux, accrochait ce panneau sur la porte de son atelier :  » Aujourd’hui, je travaille et je ne reçois aucun visiteur. Je sais que vous pensez que cela ne s’applique pas à vous parce que vous êtes mon agent, mon banquier ou ma meilleure amie. Eh bien si !  »

Mais la créativité est également portée par le souci des autres, la générosité, l’altruisme. Si elle vise l’amélioration de son environnement immédiat, elle a parfois aussi l’ambition de changer le monde. En cuisine, elle naît de la joie de voir se régaler ses proches. Dans le couple, de l’attention à l’autre. Dans son métier, de la foi en un projet utile à la société.  » C’est aimer quelqu’un, quelque chose – un mot, une image, une idée, une terre – à un point tel que, de ce flot généreux, on ne peut rien faire d’autre que créer « , affirme la psychanalyste Clarissa Pinkola Estès (“Femmes qui courent avec les loups”, Grasset, 1996).

Les ennemis de la créativité
La peur d’être rejeté, de ne pas être aimé. En recherchant systématiquement l’approbation des autres, nous nous coupons de notre intuition comme de notre originalité.

La rêverie stérile. Réfugiées dans leurs fantasmes, certaines personnes n’arrivent jamais à passer au stade de la production. Trop de réflexion nuit à l’action.

Les mythes familiaux. Un aïeul réputé pour son talent créatif, mais qui a fini sa vie comme un clochard, peut hanter l’inconscient de ses descendants. Ceux-ci, sans savoir pourquoi, brideront à jamais leurs pulsions créatrices.

Apporter un peu plus de vie à la vie ?

 » Créer est aussi difficile que d’être libre « , prévenait Elsa Triolet. Précieuse mais fragile, la créativité, c’est vrai, n’obéit pas au doigt et à l’œil. On ne la commande pas toujours, on ne maîtrise pas forcément ce qui l’inhibe. Elle demande des efforts. Mais on y gagne un bien inestimable : une meilleure connaissance de soi, car on entre en contact avec son être profond.

Renouer avec ses émotions, ses sensations, son intuition, son histoire… Les exercices destinés à stimuler notre créativité n’ont pas d’autre objectif. C’est dans notre richesse intérieure qu’il faut puiser, les artistes en témoignent. Les enfants sont naturellement doués. A nous de ne pas les censurer, insiste la psychanalyste Catherine Dolto-Tolitch.

Car la créativité est une énergie obstinée : lorsqu’elle est appauvrie, elle lance des signaux sans appel – somatisations, dépressions, fatigue insurmontable – pour rappeler que quelque chose ne circule pas.  » Le repassage d’un col, la préparation d’une révolution ? Oui. Toucher les feuilles d’une plante avec amour, trouver sa voix, savoir aimer ? Oui. Trouver le mot juste, coudre un rideau bleu ? Oui, c’est tout cela la vie créatrice « , écrit Clarissa Pinkola Estès. C’est ajouter de la vie à la vie.

CREER, C’EST…

Un état d’esprit
Plus qu’un don du ciel, c’est une disposition intérieure, accessible à tous.  » Un excellent potage prouve plus de créativité qu’une mauvaise peinture.  »

Nos atouts
Pour créer, il faut combattre la routine, prendre des risques, faire preuve d’empathie, s’ouvrir à l’inconnu. Indispensable : l’affirmation de soi.

Nos blocages
Conformisme, stress, perfectionnisme, négativité, peur d’être rejeté, etc., nous paralysent et nous inhibent.

AVIS : Denis Marquet – Philosophe et thérapeute : “L’acte de création est dangereux”

La répétition, c’est lorsque le présent est conforme au passé. Ce qui est, a déjà été. C’est connu, bien connu. Familier. Je sais comment faire avec, cela m’est facile. La répétition a ses avantages, c’est pourquoi elle est si présente dans nos vies. Habitudes, routine, manies… Autant de manières de vivre ce que l’on a déjà vécu, et d’être ce que l’on a déjà été. Nous sommes même attachés aux répétitions qui nous font souffrir, que les psychothérapeutes appellent névroses. Car la répétition nous sécurise. Elle nous permet de vivre dans un univers cyclique. Celui de l’éternel retour où l’avenir n’est pas une aventure puisqu’il ne peut que ressembler au passé.

Au contraire, il y a création lorsqu’apparaît quelque chose qui n’a encore jamais été. C’est-à-dire quelque chose qui n’est pas déterminé par le passé. Qui n’imite rien, n’est nécessité par rien. Créer, pour un temps, c’est être libre du passé. C’est être ouvert au radicalement nouveau. Nouveau, cela veut dire que je ne peux m’y attendre ni le prévoir. Car le nouveau échappe à mon savoir.

En effet, il n’y a de savoir que du passé ou de ce qui se répète. Ainsi, le savoir de l’homme mûr est-il le fruit de la répétition de ses expériences. Et la science moderne, un savoir des lois qui régissent la répétition des phénomènes. Mais il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de savoir du nouveau. Créer, c’est donc renoncer au savoir. Et à la sécurité que le savoir apporte. Si je crée, c’est que j’accepte qu’émerge de moi-même ce qui n’a encore jamais été, ce que je ne connais pas. Ce qui en moi m’est encore étranger. Ce qui en moi va me surprendre. Me déranger peut-être. Bousculer les équilibres fragiles sur lesquels repose ma vie.

Il y a dans l’acte de création quelque chose de dangereux, et c’est sans doute pourquoi les vrais moments de création sont si rares dans nos vies. Car si j’accepte d’être créateur, j’accepte la manifestation, aux autres et à moi-même, de l’inconnu. Du mystère. Il y a un mystère de la création.

Quand les hommes veulent décrire ce qu’ils vivent en créant, ils ne peuvent que recourir au mythe : la visite des Muses, une inspiration divine. Ce qui vient de sortir de moi – œuvre, parole, action, etc. –, ce n’est pas moi, cela vient de plus loin que moi. Ou bien cela veut-il dire que je suis plus que je ne crois être ?

 » Je est un autre « , disait Rimbaud. Créer, c’est se découvrir autre. Autre que celui que l’on croit être. Autre que celui que nous donnons à voir aux autres. Créer est un acte de découverte de soi, de connaissance de soi. Il y a là bien sûr un paradoxe. N’a-t-on pas dit que créer exigeait de renoncer au savoir, au savoir sur soi en particulier ? Oui. Et c’est cela même qui permet de se connaître.

La connaissance de soi, c’est ne plus rien savoir de soi, pour se laisser surprendre par soi-même. C’est créer. Et s’il faut la métaphore du divin pour dire la surprise de ce qui naît quand je crée, c’est peut-être qu’au fond de moi mon humanité est infiniment plus riche que les routines de ma vie ne le laissent apercevoir.
Qui est cet autre que je suis ? Un être absolument unique et singulier. Capable d’exprimer de l’unique et du singulier. Du jamais-vu.
Et si je suis capable, malgré toutes les forces de répétition et d’inertie, de susciter du nouveau, n’est-ce pas qu’il y a en moi un être toujours nouveau, pour lequel tout est toujours nouveau ? Un être qui n’est la répétition de rien, l’imitation de rien. Un être sans passé ni références. N’est-ce pas la définition de l’enfance ? Sans savoir ni passé, ivre de découvrir, avide d’être surpris, l’enfant est le maître et le modèle du créateur. Car il vit tout pour la première fois.

SYMPOSIUM :Altitude création

Organisé par le psychiatre Gottlieb Guntern, un symposium réunissant des artistes, dirigeants d’entreprise et scientifiques se tient chaque année à Zermatt, en Suisse. Son objectif : favoriser la créativité et optimiser l’efficacité au sein des entreprises. Du 12 au 16 janvier dernier, il a notamment accueilli le poète prix Nobel de littérature 1992 Derek Walcott, le danseur de flamenco Antonio Marquez, l’inventeur du laser Charles Townes et le moine bouddhiste T. Ryugen Ogasawara. Voici un résumé de leurs propos sur la créativité :

La créativité n’a rien à voir avec le QI, selon Charles Townes, mais « dépend d’une multitude de facteurs, dont l’histoire personnelle, les rencontres, l’envie de penser différemment, la capacité à voir si les choses sont importantes ou pas ».

– Elle n’est pas régulière.  » Qu’est-ce que je fais si je n’ai pas d’inspiration ? Je travaille !  » Une phrase de Picasso qui a marqué Marquez.

– Innover, ce n’est pas avoir une nouvelle idée, mais arrêter d’avoir de vieilles idées.

– Elle n’empêche pas les erreurs.

– Elle se nourrit d’interactivité et a besoin de réseaux. Du poète au danseur, tous affirment puiser dans les travaux des autres lorsqu’ils les jugent plus compétents.

– Elle est stimulée par les défis.

Source : “Le Monde”, 20 janvier 2000.

CERVEAU : Où jaillit l’étincelle ?

Si les scientifiques n’ont jamais localisé la moindre  » zone de créativité  » dans notre cerveau, ils privilégient cependant l’hémisphère droit. Il est spécialisé dans la musique, la reconnaissance des formes, l’intuition et tout ce qui relève de l’analogie et des émotions, tandis que le gauche prédomine pour le langage, le calcul et la logique. Cependant, des études récentes montrent que cette division n’est pas aussi marquée et qu’elle varie selon les individus. Ce qui compte, c’est le dialogue entre les deux hémisphères et non leur séparation.

Source:http://www.psychologies.com/Therapies/Developpement-personnel/Epanouissement/Articles-et-Dossiers/Devenez-creatif/Etre-creatif-c-est-ajouter-de-la-vie-a-la-vie/7

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